Mais le bilan du stade Pierre Mauroy est loin d’être parfait et bon nombre de critiques fusent à son sujet.
Un article de Jean Gadrey, professeur d’économie à l’Université Lille 1, dans le blog du journal Alternatives Économiques dénonce le stade Pierre Mauroy et tente de montrer qu’il est néfaste pour la région lilloise. Cet article dans Alternatives Économiques, journal d’économie plutôt orienté à gauche, rassemble à peu près tous les griefs des détracteurs du stade.
Il nous dit que ce projet va peser pendant des décennies sur l’économie régionale et l’environnement. Sa critique sur l’impact environnemental du stade se doit d’être nuancée, car nous avons vu que le stade permettait de réunir beaucoup d’activités culturelles et sportives et donc à réduire la consommation qu’auraient plusieurs stades et salles de spectacles si le stade Pierre Mauroy n’existait pas.
Selon lui, il aurait été plus judicieux d’utiliser ces 300 millions d’€ dans des logements sociaux ou des projets écologiques comme des transports en commun.
Il cite aussi un sondage très intéressant datant de 2009 soit l’année du début de la construction du stade. En effet, ce sondage demandait aux habitants de la région lilloise de choisir parmi plusieurs grands projets d’aménagement pour la région, et le choix « construction ou agrandissement de nouveaux stades pour les grands clubs de football régionaux » arrivait en dernière place des préoccupations des habitants, loin derrière des questions de pollution, circulation routière, universités ou transports en commun.
Il y eut aussi cette petite phrase de Xavier Thuilot, directeur général du LOSC, qui n’a pas plus à tout le monde : « Une grande métropole doit rayonner en envoyant des signes forts à l’extérieur. Et on ne rayonnera pas avec des logements sociaux »
Il nous montre aussi que ce projet a été décidé trop rapidement, et que le budget de 308 millions d’€ est bien trop élevé. En effet, au début des années 2000, appuyée par Martine Aubry, une solution raisonnable et relativement peu coûteuse (38 millions d’euros) avait été retenue : l’agrandissement/modernisation du vieux stade Grimonprez-Jooris, dans Lille. Cela aurait permis de porter la capacité du stade à 33 000 places et donc de satisfaire les normes de l’UEFA pour les grandes compétitions européennes. « Comment en est-on arrivé à retenir un projet pharaonique au moins 10 fois plus cher ?! » s’étonne Jean Gadrey.

Le professeur d’économie déplore aussi le gros risque pris par la MEL avec ce projet : en effet, la pérennité du stade repose sur l’hypothèse que le LOSC reste en Ligue 1 pendant des décennies. Si le LOSC venait à descendre en Ligue 2, les conséquences seraient désastreuses : il y aurait une grosse baisse d’affluence, les droits de diffusion des matchs seraient amoindris et le LOSC perdrait énormément d’argent.
Finalement, il nous parle aussi de l’absence de chauffage dont souffre l’enceinte, qui a du annuler un concert du groupe Dépêche Mode à cause d’une température de 5 degrés dans le stade.
Beaucoup de détracteurs du stade disent aussi que donner le nom Pierre Mauroy à la place d’un accord de « Naming » est d’autant plus absurde que ce dernier n’aimait pas vraiment le football. On peut par exemple retenir cette phrase de 2002 de l’ancien premier ministre à l’époque où Lille était en difficulté sportive et financière : « Avant d’avoir un grand stade, que Lille devienne un grand club ». Mais cet argument contre le Grand stade n’est pas entièrement valable car nous savons que le stade n’est pas seulement un stade de football mais une vraie enceinte multi-sports et culturelle pouvant accueillir beaucoup de manifestations différentes.
Mais le stade Pierre Mauroy a aussi souffert de problèmes judiciaires : en effet plusieurs hauts dirigeants de la MEL comme Damien Castellain ou Henri Segard ont été mis en examen pour faux en écriture publique, favoritisme, corruption et trafic d’influence. Une affaire qui ne sert pas la popularité du Grand stade, déja très critiqué.
Lors du choix du groupe pour la construction de l’enceinte en 2008, les élus de la MEL étaient partagés entre Norpac-Bouygues et Eiffage.
Cependant il faut savoir que le devis proposé par Eiffage coûtait 108 millions d’€ de plus que celui proposé par Norpac. Un premier rapport leur donna d’ailleurs la meilleure note et prévoyait le choix de Norpac-Bouygues pour la construction du Grand stade.
Après un second rapport qui fut de manière surprenante en faveur d’Eiffage, ce fut finalement cette dernière qui fut choisie, ce qui éveilla les soupçons de Eric Darques, ancien élu de Lambersart, qui lutte maintenant activement contre la corruption dans la région. Il a porté plainte en janvier 2011 contre la MEL en tant que personne morale pour favoritisme.
Tout cela a conduit à la mise en examen le 5 avril de plusieurs personnalités pour faux en écriture publique, favoritisme, corruption et trafic d’influence passif et actif : Damien Castelain, actuel président de la MEL, Henri Ségard, ancien vice-président de la MEL, Michelle Demessine, ancienne présidente de la commission Grand Stade et d’Alain Létard et Jean-Luc Vergin, anciens cadres du groupe Eiffage.
En cause, un voyage à Budapest pour le Grand Prix de F1 de Hongrie (qui s’est tenu en août 2010) organisé par Eiffage et auquel auraient participé Damien Castelain, alors vice-président de la Communauté urbaine de Lille, et Henri Segard, mais aussi des cadres d’Eiffage.
Damien Castelain aurait aussi reçu des pierres bleues d’une valeur totale de 15 000 € pour sa terrasse en cadeau de la part d’Eiffage, ce qui peut être vu comme des « pots-de-vins ».
Pendant l’enquête, il a aussi été prouvé que le second rapport qui prévoyait le choix d’Eiffage au lieu de Norvac-Bouygues était « antidaté » et faux. Mais il n’a pas été considéré comme un document d’écriture publique. De fait, ce faux n’est plus considéré comme un crime mais comme un délit, et le délai de prescription pour les délits est plus réduit…
Si le Parquet admet qu’il y a bien eu des « cadeaux » d’Eiffage aux personnes mises en examen, dont M. Castelain, il estime que les preuves sont insuffisantes pour caractériser le délit de corruption et de trafic d’influence. En clair, on ne peut pas prouver que ces cadeaux ont été offert en échange des voix des élus…
C’est pourquoi le parquet a requis un non-lieu total envers Henri Ségard, Michelle Demessine, Alain Létard et Jean-Luc Vergin.
L’enquête, selon le parquet prouverait « qu’indépendamment de toute motivation pécuniaire et de toute complaisance avec le groupe Eiffage », Damien Castelain et Henri Ségard n’auraient éprouvé qu’un « authentique coup de foudre » pour le projet porté par Eiffage.
Seul Damien Castelain reste donc inquiété pour les 15 000 € de pierres bleues pour sa terrasse offertes par Eiffage.
Toutes ces critiques et déboires judiciaires ne servent donc pas la cause du stade Pierre Mauroy, ce qui fait que les avis divergent à propos de cette enceinte.